Depuis janvier 2026, les feux de batteries lithium-ion disposent de leur propre classification : la classe L (norme ISO 3941:2026). Ce changement soulève une question concrète pour des milliers d’entreprises françaises : comment former ses équipes à un type de feu qu’on ne peut pas reproduire en conditions réelles ?
Ce que change la norme ISO 3941:2026 pour les entreprises
En janvier 2026, l’ISO a publié la troisième édition de la norme ISO 3941 sur la classification des feux, avec une nouveauté majeure : la classe L, dédiée aux batteries lithium-ion. Avant cette date, ces incendies étaient rattachés selon les cas aux classes A, B ou D, des classifications inadaptées à leur nature électrochimique, qui conduisaient à des interventions inefficaces, voire dangereuses.
Définition Classe L (ISO 3941:2026) : un feu de classe L est un incendie impliquant des batteries lithium-ion ou lithium-polymère. Cette classification reconnaît leur nature électrochimique et leurs risques spécifiques : emballement thermique en cascade, émission de gaz toxiques, ré-ignition possible plusieurs heures après extinction. Aucun extincteur classique (ABC, CO₂, eau) ne suffit à les maîtriser durablement.
En France, la terminologie “classe L” est déjà adoptée par les fabricants d’extincteurs et les organismes de prévention comme le CNPP. La norme NF EN 2 n’a pas encore été officiellement mise à jour, mais le mouvement est enclenché.
Obligation légale dès maintenant : même sans réglementation spécifique sur la classe L, le Code du travail (Art. L4121-1) impose à tout employeur de former ses salariés aux risques présents dans leur environnement. La présence de batteries lithium-ion est un risque identifié qui doit figurer dans le Document Unique d’Évaluation des Risques (DUER).
Pourquoi on ne peut pas former aux feux lithium comme aux autres feux
La formation pratique à l’extinction est un pilier de la sécurité incendie en entreprise. Pour les feux de classe A ou B, organiser un exercice sur feux réels est complexe mais faisable. Pour les feux de classe L, c’est difficile dans des conditions acceptables.
L’emballement thermique, au cœur du problème
Lorsqu’une cellule lithium-ion atteint une température critique (entre 80°C et 150°C selon la chimie), elle entre en emballement thermique : la réaction électrochimique interne s’auto-entretient et se propage de cellule en cellule, même sans source de chaleur externe. La batterie peut dépasser 700°C, éjecter des cellules enflammées à plusieurs mètres, et émettre du fluorure d’hydrogène (HF) — un gaz extrêmement toxique. Le feu peut reprendre plusieurs heures après une extinction apparente.
Ce n’est pas théorique. En avril 2024, un entrepôt de batteries lithium de 1 000 m² a brûlé à Sainte-Consorce, à l’ouest de Lyon : plus de 70 pompiers mobilisés pendant plusieurs heures, surveillance des sols et de l’air pour détecter une contamination, une vingtaine de salariés en chômage partiel. Un scénario que les services d’urgence connaissent de mieux en mieux et que les entreprises commencent à prendre au sérieux.
C’est précisément ce qui rend la formation terrain si problématique pour les feux de classe L :
- Gaz toxiques : le fluorure d’hydrogène (HF) émis lors de l’emballement exige des EPI spéciaux, impossible dans un exercice en entreprise
- Ré-ignition imprévisible : le feu peut reprendre jusqu’à 48h après, sans source de chaleur externe
- Coût prohibitif : les batteries sacrifiées pour l’exercice représentent un coût sans commune mesure avec des feux classiques
- Zone de sécurité spécifique : ventilation forcée, plan de décontamination, périmètre élargi : impossible à reproduire dans la majorité des entreprises
- Comportement imprévisible : le scénario varie selon l’état de charge, la chimie de la batterie, la température ambiante
L’extincteur AVD : un outil nouveau qui exige une formation spécifique
Définition Extincteur AVD : l’extincteur AVD (Aqueous Vermiculite Dispersion) est composé à 17% de vermiculite et 83% d’eau. Il agit en deux temps : refroidissement des cellules en emballement thermique, puis formation d’une barrière physique privant les cellules d’oxygène et prévenant la ré-ignition. C’est l’agent extincteur le plus adapté aux feux de classe L.
Les extincteurs classiques (poudre ABC, CO₂, eau) peuvent éteindre les flammes visibles, mais ne stoppent pas la réaction électrochimique interne. Résultat : une ré-ignition souvent plus violente que le feu initial. La manipulation de l’AVD sur un feu de classe L diffère significativement des extincteurs classiques :
- Distance d’attaque différente : maintenir une distance plus importante pour éviter les projections de cellules
- Arrosage continu et prolongé : arrêter trop tôt provoque une ré-ignition ; la durée d’arrosage est bien supérieure à celle d’un feu classique
- Ne jamais utiliser un CO₂ en complément : le choc thermique peut aggraver l’emballement
- Surveillance post-extinction obligatoire : le scénario ne se termine pas à l’extinction des flammes
Ces gestes s’acquièrent par la pratique, pas par la théorie. C’est là que la question de la formation devient critique.

La réalité virtuelle : la seule formation pratique réellement accessible
Face à la difficulté d’organiser des exercices sur feux réels de classe L, la simulation en réalité virtuelle est une réponse cohérente et efficace pédagogiquement.
La réalité virtuelle reconstitue fidèlement l’emballement thermique d’une batterie lithium dans un environnement totalement sécurisé. Le salarié utilise un vrai extincteur connecté, reproduisant le poids et le comportement de l’AVD. Il apprend les bons gestes (distance d’attaque, durée d’arrosage, surveillance post-extinction) en conditions réalistes, sans jamais être exposé au fluorure d’hydrogène ni aux risques réels.
- Zéro exposition aux risques réels : pas de gaz toxiques, pas de brûlures, pas de ré-ignition imprévisible
- Répétition des scénarios à volonté : l’emballement thermique peut être simulé autant de fois que nécessaire, impossible avec de vraies batteries
- Évaluation objective des gestes : distance d’attaque, temps de réaction, durée d’arrosage : chaque geste est mesuré et tracé
- Déployable dans n’importe quelle salle de formation : un casque de réalité virtuelle autonome et un extincteur connecté suffisent, sans zone extérieure ni autorisation spéciale
Lorsque nous faisons, lorsque nous expérimentons, nous mémorisons alors 90% des messages. C’est particulièrement décisif pour les feux de classe L, où la panique est un facteur d’erreur majeur.
YouRescue étudie l’intégration des feux de classe L à son simulateur incendie
Nous réfléchissons à l’intégration des procédures d’extinction des feux de type L et à l’apprentissage de la manipulation des extincteurs AVD dans la solution YouRescue.
Ce scénario pourrait vous intéresser ? contactez-nous pour échanger avec nos équipes.
Questions fréquentes sur les feux de classe L
Qu’est-ce qu’un feu de classe L ?
Un feu de classe L est un incendie impliquant des batteries lithium-ion ou lithium-polymère. Officialisée par la norme ISO 3941:2026 (janvier 2026), cette classe reconnaît la nature électrochimique de ces feux : emballement thermique en cascade, gaz toxiques, ré-ignition possible plusieurs heures après extinction. Aucun extincteur classique ne suffit à les maîtriser durablement.
Pourquoi ne peut-on pas former ses salariés aux feux lithium en conditions réelles ?
Les feux de batteries lithium-ion émettent du fluorure d’hydrogène (HF) et d’autres gaz toxiques lors de l’emballement thermique. Reproduire ce scénario expose les stagiaires à des risques graves. S’y ajoutent le coût des batteries sacrifiées, l’impossibilité de simuler la ré-ignition et l’absence de zone réglementaire adaptée dans la majorité des entreprises.
La formation aux feux de classe L est-elle obligatoire ?
Il n’existe pas encore d’obligation légale spécifique à la classe L. En revanche, le Code du travail (Art. L4121-1) impose à tout employeur de former ses salariés aux risques présents dans leur environnement. La présence de batteries lithium-ion constitue un risque identifié devant figurer au DUER.
Quelles entreprises sont prioritairement concernées ?
Les plus exposées : entrepôts logistiques avec chariots élévateurs électriques, sociétés avec flotte de véhicules électriques, data centers (onduleurs à batteries), parkings équipés de bornes de recharge, établissements avec trottinettes ou vélos électriques, industrie manufacturière. Selon les données 2024, 80% des entreprises ayant installé des bornes de recharge ne disposent d’aucune procédure d’urgence adaptée.